Brigitte Waridel, la retraite, la poésie

Après vingt ans à la tête du Service des affaires culturelles du Canton de Vaud (SERAC), et presque autant d’années d’engagement dans le cadre de la Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne (dont elle a été la directrice adjointe de 1981 à 1993), Brigitte Waridel s’apprête à prendre sa retraite. Entretien avec Laure-Adrienne Rochat.

 

Le point commun de tous ces mandats ? La volonté de faire de la culture un objet de l’action politique, de la placer au cœur de la vie publique. L’intégration, en 2009, de la dénomination « culture » dans l’intitulé du Département dont relève le SERAC, le Département de la formation, de la jeunesse et de la culture (anciennement Département de l’instruction publique et des cultes) est symbolique à cet égard. Tout comme l’entrée en vigueur, le 1er mai 2015, de la Loi sur la vie culturelle et la création artistique (LVCA), élaborée sous son égide.

La poésie prend sa place parmi les formes d’expression artistique soutenues par l’Etat. En tant qu’actrice incontournable de la politique culturelle vaudoise, et en tant qu’amatrice de poésie, Mme Waridel a accepté d’évoquer son rapport à ce genre littéraire.

Laure-Adrienne Rochat

 

 

Madame Waridel, après plusieurs décennies d’exercice au sein de la culture vaudoise, comment voyez-vous le rôle de la poésie en Suisse romande ?

B. W. : La poésie, ici comme ailleurs, demeure l’expression littéraire la plus confidentielle, la plus exigeante aussi. C’est une écriture pourtant qui permet, à mon sens, une grande liberté de lecture : se laisser emporter, émouvoir par les mots, tels qu’offerts et placés sur la page, demeure un bonheur à la fois visuel et spirituel, à tout niveau de lecture. La Suisse romande est depuis fort longtemps un terreau fertile en art poétique et nous soutenons fidèlement les éditeurs qui publient les poétesses et les poètes vaudois.

 

Quelles sont les aides qu’un Etat peut apporter à ce genre littéraire ?

B. W. : Les éditions spécialisées en poésie nous sollicitent régulièrement pour soutenir ponctuellement telle ou telle publication d’œuvres poétiques d’auteurs vaudois et des poètes et poétesses tels Pierre-Alain Tâche, Sylviane Dupuis, François Debluë ou encore José-Flore Tappy, pour n’en citer hélas que quelques-uns.

Nous mettons également au concours chaque année une « Bourse à l’écriture », d’un montant de 10’000 francs, qui est ouverte à tout projet d’écriture littéraire, y compris à un projet poétique.

 

Comment vivez-vous les changements culturels qui tendent à mettre en place des systèmes de vedettes littéraires ou culturelles ?

B. W. : Le star system, dans le domaine culturel, et singulièrement dans le domaine littéraire, n’est pas nouveau. Il est plus visible, plus violent peut-être aujourd’hui en raison de la puissance de la communication médiatique et de la surproduction en matière d’édition. Dans ce maelström culturel, il est capital que les collectivités publiques tiennent une ligne claire en matière de politique culturelle. L’arrosage est désastreux. Notre rôle est de tracer précisément la feuille de route de notre politique de soutien au livre, à l’édition et à l’écriture, dans un dialogue exigeant avec celles et ceux qui assurent souvent dans une très grande fragilité, la publication et la diffusion de nos auteurs, et en particulier de nos poètes.

 

Etes-vous vous-même une lectrice de poésie ?

B. W. : Oui, je lis régulièrement des œuvres poétiques. Grâce à Jacques Chessex, qui fut mon professeur de français au Collège de Béthusy dans les années 60, je suis entrée dans la lecture des poètes par Baudelaire et Paul Valéry. C’est alors que j’ai découvert aussi C.-F. Ramuz, Philippe Jaccottet, Pierre-Louis Matthey, Gustave Roud, et bien sûr la poésie, sublime, de Jacques Chessex lui-même. Aujourd’hui, et plus près de nous, j’y ai ajouté la lecture de celles et de ceux que j’ai cités plus haut, auxquels on peut ajouter Jacques Roman, Mary-Laure Zoss et quelques autres….. !