Éditer la poésie, les nouveaux élans — Samizdat

2020: une nouvelle année qui s’ouvre en poésie. D’où venez-vous? Où êtes-vous? Où allez-vous? Trois questions avaient lancé une nouvelle série d’articles consacrés aux acteurs de l’édition en poésie. Après un tour dans la maison de L’Aire, rendez-vous aux éditions Samizdat avec Claudine Gaetzi. Quel est le parcours de cette maison qui publie de la poésie depuis 1992? Quelles évolutions ces dernières années? Quels projets futurs?

D’où venez-vous? Comment agissez-vous pour la poésie au sein des éditions Samizdat? Quel a été le parcours fait sur la poésie depuis la création de la maison?

C.G.: Les éditions Samizdat ont débuté en 1992, avec Dschember Schamblin, un recueil de poèmes écrits en romanche et en français par Denise Mützenberg et se sont développées peu à peu, suite à des rencontres et aux manuscrits reçus, à commencer par les recueils d’Anne Bregani, puis ceux de Laurent Cennamo, Pierrine Poget, Philippe Rebetez, Jack Perrot, Prisca Agustoni et Silvia Härri, entre autres. Par la diversité de ses choix, son sens de l’ouverture, Samizdat a permis l’émergence de voix singulières, leur offrant une place dans un paysage éditorial romand qui tendait à privilégier les écrivains confirmés.

Où êtes-vous? Comment situez-vous le travail en poésie des éditions Samizdat aujourd’hui? Y a-t-il eu des changements depuis que la maison est à Orbe?

C.G.: Ce n’est pas seulement un changement géographique ! Depuis deux ans, il y a d’abord eu un arrêt, puis un fort ralentissement dans le rythme des parutions. J’avais besoin de réfléchir à la direction que je voulais prendre, je voulais définir une ligne graphique, j’ai dû apprendre à tenir une comptabilité, et je trouve que les demandes de soutien à l’édition sont ardues à remplir. C’est facile de fabriquer des livres, mais difficile de créer la rencontre avec un public. Cependant, si je ne réussis que l’étape de la fabrication des livres, mon travail n’a aucun sens. Je dois encore trouver un mode de fonctionnement viable à long terme.

Sur le plan littéraire, mes intérêts et mes exigences ont de nombreux points de convergence avec les choix qu’ont faits les éditrices Denise Mützenberg et Claire Krähenbühl, sinon je n’aurais pas eu envie de reprendre leur catalogue, de continuer à le faire vivre et de le développer. Mais ma sensibilité est différente. Je ne peux rien dire de plus, ce que je publierai dépendra de ce que je recevrai. J’espère poursuivre dans le sens de l’ouverture et de la découverte, tout en ayant une ligne cohérente.

Denise Mützenberg a dit un jour que la ligne de Samizdat était de ne pas avoir de ligne, je trouve que cela laisse une belle liberté.

Où allez-vous? Que prévoient vos éditions pour ce genre dans les prochains mois? Quels sont vos projets futurs?

C.G.: Fin 2019, il y a eu la publication de deux livres : Malgré la nuit de Gilles F. Jobin, qui avait déjà publié chez Samizdat Jouer dans le noir en 2013 et Au temps de l’amour inquiet en 2016, et Comme une étoile tombe dans la nuit de Mathilde Vischer, qui avait publié Lisières, en 2014 en France, chez p.i.sage intérieur.

Très sincèrement, je ne sais pas où je vais. Je décide les choses une à une, souvent très lentement, et je n’aime pas parler de ce que je n’ai pas encore réalisé.

Cependant, contrairement à ce que j’imaginais auparavant, le domaine de la traduction m’intéresse beaucoup et me semble riche en perspectives.

Image: © Pierre-Antoine Grisoni

Propos recueillis par Sandra Willhalm