Éditer la poésie, les nouveaux élans — L’Aire

D’où venez-vous? Où êtes-vous? Où allez-vous? Trois questions lancent une nouvelle série d’articles consacrés aux acteurs de l’édition en poésie. Quelles impulsions aujourd’hui? Quel cheminement depuis leur début? Découvrez dès à présent le premier entretien d’une série qui livre un moment réflexif sur le parcours des éditeurs. Arthur Billerey et Xochitl Borel présentent leur travail au sein de la collection Métaphores des éditions de l’Aire.

D’où venez-vous? Quelles actions menez-vous pour la poésie au sein des éditions de l’Aire?

X.B.: Mettant notre grain de sel dans les publications poétiques de L’Aire, l’éditeur Michel Moret a gentiment décidé de nous faire confiance pour diriger la collection métaphores. Depuis 2017, nous dirigeons cette collection et nous avons publié plus de huit recueils de poèmes, issus de sensibilités diverses, selon l’enthousiasme qu’ils nous procurent.

A.B.: Nos actions sont subjectives et découlent de nos esprits critiques, aussi de nos appréciations. L’objectif principal est d’accompagner l’auteur jusqu’au bout, du manuscrit à la lecture publique. L’objectif secondaire est de rafraîchir la poésie actuelle, souvent tendancieuse, parfois tellement spéculative ou conceptuelle qu’elle endort le lecteur lambda au lieu de l’éveiller. 

Quel a été le parcours fait sur la poésie depuis quelques années?

X.B.: Il faut parler du long terme: le travail poétique à L’Aire débuta avec la création de l’entreprise, il y a 40 ans. Nous sommes le chaînon actuel, et nous reprenons le relais de ces quatre décennies. En faisant cela, nous avons redéfini le calendrier pour assurer une parution régulière, ce qui n’était pas le cas auparavant, pour donner du rythme.

A.B.: En reprenant cette collection, nous l’avons aussi relookée avec du papier cèdre 300 grammes, un style sobre et coloré, pour assurer notre élan. Lui donner aussi une identité en librairie. 

Où êtes-vous? Comment situez-vous le travail en poésie des éditions de l’Aire aujourd’hui?

X.B.: C’est un travail de laboureur et de semeur. Parmi la pléthore de manuscrits que nous recevons, il nous faut trouver ceux qui alimenteront la collection.

A.B.: …tout en gardant à l’esprit nos objectifs cités tout à l’heure. 

Où allez-vous? Que prévoient vos éditions pour ce genre dans les prochains mois? Quels sont vos projets futurs?

X.B.: En janvier 2020 nous aurons fait la boucle de deux années de production. Comme bilan intermédiaire, nous dirions que les ventes restent modestes mais que les retours sur la collection et les changements opérés sont positifs. Cela nous encourage, mais il faut savoir que travailler avec la matière poétique, spontanée, imprévisible et précaire (trois composantes qui lui donnent aussi de la force) nécessite de s’adapter constamment et de rester ouvert à ce qui vient.

A.B.: …dans cet esprit d’ouverture, nous terminerons avec la note poétique suivante, en paraphrasant Apollinaire: « Le travail mène à la richesse/Pauvres éditeurs travaillons/La chenille en peinant sans cesse/Devient le riche papillon. » 

Image: Michel Moret, Arthur Billerey, Xochitl Borel. © Patrick Martin (24Heures)