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Une nouvelle direction à la tête de la Fondation Rilke à Sierre

Antonio Rodriguez: Vous arrivez à la direction de la Fondation Rilke à Sierre: beaucoup a été fait et beaucoup reste à faire. Comment voyez-vous les premiers mois de votre mandat? Quelles sont vos priorités?

Fanny Audeoud et Philippe Imwinkelried: Nous reprenons une fondation au cours d’une année symbolique, celle du centenaire de la mort de Rainer Maria Rilke: réouverture en mars 2026 avec une nouvelle exposition permanente, plus de 1700 visiteuses et visiteurs, une quinzaine de visites guidées en plusieurs langues et, depuis septembre, une exposition temporaire consacrée à la peintre suisse Sophy Giauque. Le jubilé se terminant bientôt, l’essentiel commence. Nos priorités sont claires. Nous voulons d’abord développer la médiation, en particulier pour les écoles, et renforcer la conservation et la mise en valeur du patrimoine de la fondation. En 2027, cela prendra la forme de nouvelles expositions, dont une présentant les travaux de la bédéiste Melanie Garanin, la conception du catalogue de l’exposition permanente et l’organisation d’une Masterclass internationale* pour de jeunes chercheuses et chercheurs en été 2027.

A. R.: Vos parcours personnels ont un impact sur vos projets: comment le fait d’être un enseignant ou une doctorante-chercheuse crée une répartition complémentaire des tâches?

F. A. et P. I.: Cela nous permet de mettre nos compétences au service de nos objectifs communs. Un enseignant est capable d’identifier comment rendre un texte vivant pour les jeunes: il porte donc en priorité la médiation et les offres pour les écoles. La constance scientifique et la connaissance des sources doivent être assurées par une personne en lien avec le monde académique, comme une doctorante-chercheuse. Mais les deux perspectives se nourrissent mutuellement et nous travaillons véritablement en collaboration. Une bonne médiation repose sur une recherche solide, et la recherche gagne à être partagée au-delà du cercle des spécialistes.

A. R.: Nous savons que Rilke est une figure mondiale de la poésie, mais pourquoi une fondation à son nom en Valais est-elle un lieu d’un grand intérêt culturel et touristique?

F. A. et P. I.: Parce que c’est ici que Rilke a trouvé, à la fin de sa vie, le lieu qu’il cherchait depuis des années. C’est à Muzot, au-dessus de Sierre, qu’il a achevé en 1922 les Élégies de Duino et écrit les Sonnets à Orphée. C’est aussi en Valais qu’il a écrit en français des recueils comme Vergers et les Quatrains valaisans, nourris par ce paysage. Il repose à Rarogne. Un poète d’envergure mondiale a donc laissé ici une trace concrète, que l’on peut parcourir. La Fondation, à la Maison Pancrace de Courten à Sierre, est le point de départ naturel pour découvrir ces lieux et comprendre ce que le Valais a signifié pour son œuvre.

A. R.: Comment voulez-vous valoriser l’œuvre de Rilke dans l’enseignement? Allez-vous créer des médiations ou des accompagnements critiques?

F. A. et P. I.: Oui, c’est un objectif très clair. Nous proposons des ateliers d’écriture et de traduction, des lectures et, dès 2027, des expositions pensées aussi pour les classes. Les écoles pourront choisir des modules clés en main qui prolongent l’enseignement de la langue et de la littérature, adaptés à différents degrés. Nous voulons aussi construire avec les enseignantes et les enseignants de nouvelles approches pour inscrire Rilke dans notre présent. L’accompagnement critique en fait partie: lire Rilke, c’est aussi apprendre à questionner un texte, sa réception et son époque.

A. R.: La traduction ou le passage des langues ont-ils un intérêt particulier pour vous?

F. A. et P. I.: C’est une question centrale pour nous et le fil rouge de notre programmation pour 2027. Rilke était lui-même un grand traducteur, notamment de Paul Valéry et de Michel-Ange, et il a écrit en Valais une partie importante de son œuvre en français. Une fondation établie à Sierre, dans un canton bilingue, se doit de travailler entre les langues. Nous le faisons dans nos expositions et nos visites, et nous voulons le faire aussi avec les établissements scolaires: traduire un poème est l’une des meilleures manières d’y entrer. Le thème envisagé pour la Masterclass* d’août 2027 est d’ailleurs la traduction.

*La Masterclass est destinée aux étudiant·e·s de toutes nationalités et niveaux avec un intérêt pour la recherche ou déjà engagé·e·s dans une recherche doctorale. Iels doivent avoir un intérêt démontré pour Rilke. Pour plus d’informations, contacter info@fondationrilke.ch. Inscriptions à partir de février 2027.

A. R.: Si chacun de vous devait résumer son horizon d’action avec trois mots, quels seraient-ils? Et pourquoi?

Philippe Imwinkelried: «Transmettre, relier, préserver.» Transmettre, parce que Rilke doit continuer à parler aux jeunes. Relier, parce que la Fondation vit du lien entre les langues, les disciplines et les publics. Préserver, parce que notre tâche est de donner à cette institution des bases solides pour les années à venir.

Fanny Audeoud: Comme Philippe, la question de la transmission est fondamentale à mes yeux. Mais pour la réaliser, il nous faut nous adapter aux nécessités de notre temps et constamment interroger nos pratiques de transmission. Enfin, j’espère qu’en mettant tout en œuvre pour faire rayonner la fondation à la fois de façon régionale, nationale et internationale, nous inciterons de nouvelles personnes à découvrir l’œuvre de Rainer Maria Rilke.

Propos échangés par courrier électronique.

Plus d’informations sur le site de la Fondation Rilke.